« Il y avait tant de lumière qu’on voyait le monde dans sa vraie vérité, non plus décharné de jour mais engraissé d’ombre et d’une couleur bien plus fine. L’œil s’en réjouissait. L’apparence des choses n’avait plus de cruauté mais tout racontait une histoire, tout parlait doucement aux sens. »
Jean Giono, Que ma joie demeure
Trouvons la joie dans le paysage, en 2026. Laissons nous conter son histoire et aiguiser nos sens. Avec mes meilleurs vœux pour cette année.
Vue sur la cathédrale, la ville et le Rhône. Au loin, les montagnes d’Ardèche et du Vercors. Nous sommes sur le belvédère du musée de Valence. Comme un signal au milieu de la ville, le musée offre aux visiteurs une vue à 360° et, à travers ses collections, sur 400 000 ans d’histoire du département.
Deux circuits permettent de découvrir les collections de beaux-arts et d’archéologie. L’os coché est une pièce majeure : il pourrait être un calendrier reproduisant les phases de lune ou bien le rythme des levers et couchers de soleil. Avec le paysage comme fil rouge, sculptures et arts décoratifs nous font traverser le temps ; depuis son « invention » comme genre autonome au 16ème siècle jusqu’à sa relecture par les artistes contemporains et modernes.
Même si la peinture de paysage lui pré-existe, l’idée de faire entrer le paysage au musée – ou encore de faire du paysage un objet de musée – apparaît vers la fin du 18ème siècle. On porte alors une attention particulière à la conservation ou la reproduction de scènes de campagne. 1 D’un « salon d’objets d’art et de produits naturels » au musée que l’on connaît aujourd’hui, l’histoire du musée de Valence et de ses donations ont naturellement conduit ses administrateurs à proposer le projet de « musée paysage », lors de sa rénovation. Le bâtiment du musée lui-même, conçu pour valoriser sa dimension patrimoniale et présenter les collections dans une interaction entre le lieu et son environnement, a été rénové par l’architecte Jean- Paul Philippon, en 2013 – les collections d’art et d’archéologie étant déployées dans l’ancien palais épiscopale. Cette année, le musée fête ses 10 ans de réouverture en exposant les premières donations qui ont constitué son fonds dès 1834.
En 2023, deux expositions temporaires ont été l’occasion pour Parcours paysages de concevoir deux ateliers de lecture et d’expression paysagères
Théophile-Jean Delaye – un arpenteur du 20ème siècle
Valentinois, né en 1896, Théophile-Jean Delaye a effectué sa carrière de topographe au Maroc. Tout à la fois militaire, scientifique, alpiniste, artiste et illustrateur, il a cartographié pour la première fois le massif du Toubkal et produit de multiples aquarelles et croquis perspectifs. Contemporain des premiers systèmes de Parcs qui ont structuré la ville de Rabat, il a aussi participé à l’histoire de la valorisation des paysages et de la naissance du tourisme au Maroc. Il fait partie des intellectuels qui au tournant du siècle, prennent des initiatives et cherchent à convaincre les responsables politiques de la nécessité de protéger les sites et paysages de la nation. Il a été initiateur du premier Parc National du Maroc, le Parc National de Toubkal ( Chaîne du Haut Atlas ), établi en 1942 , afin de préserver les plus hauts sommets de l’Atlas, dont le Jbel Toubkal.
Découvrir les paysages traversés par Théophile-Jean Delaye et revenir sur l’histoire du paysagisme. Percevoir à travers les œuvres ce qui fait « paysage », questionner le potentiel de transformation des paysages et ce qui le rend éminemment politique ; un véritable défi pour ce premier atelier animé par Parcours paysages au musée !
L’Univers sans l’homme – les arts en quête d’autres mondes
Une réflexion artistique sur la place de l’homme dans la nature. Du sentiment de fragilité humaine qui se dessine en Europe à la fin du 18ème siècle aux promesses d’un nouveau monde matérialisé par des artistes tels qu’Anna-Eva Bergman ou Gilles Aillaud, ce parcours met en avant la relation que l’homme entretient avec son environnement. Auparavant envisagés comme de simples éléments décoratifs ou symboliques, les éléments naturels gagnent une identité et constituent l’enjeu fondamental des représentations individuelles et collectives. Le confinement de 2020 vient en échos au grand fantasme du 20ème siècle, notamment véhiculé par Yes Klein en 1960 : » le théâtre du vide ».
Cette exposition a été un support pour aider les participants à comprendre ce que recouvre la notion de paysage, la manière de l’appréhender par l’observation, les sens, la photo, le trait, l’écrit. Dessiner son propre paysage.
1 – un objet de musée, le paysage de Jean-Pierrre Gestin, 1996 Persée.
On croit que l’homme peut s’en aller droit devant soi. On croit que l’homme est libre… On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache, comme un cordon ombilical, au ventre de la terre.
Terre des hommes. Antoine de Saint-Exupéry, 1972.
Émerveillons nous, encore et encore, de la vie qui sait profiter de la moindre humidité pour s’introduire et s’épanouir. Avec mes meilleurs vœux pour 2023.
Espace naturel sensible, berceau de la Vèbre, lieu de refuge et de ressource, la forêt de Saoû est aussi l’espace des projets.
Acquise en 2003 par le Département, la forêt de Saoû figure parmi le réseau des Espaces Naturels Sensibles (ENS) de la Drôme. Préservée au creux du synclinal perché – un phénomène géologique exceptionnel – la forêt de Saoû est aussi un espace naturel façonné par l’homme.
Sur ce site de 2500 hectares d’une grande richesse écologique, affluent tous les ans près de 120 000 visiteurs. En 1924 déjà, Maurice Burrus, magnat alsacien du tabac, passionné de philatélie et d’archéologie, y avait projeté son rêve. Après avoir acquis la forêt, il introduit le tourisme sur le site avec la construction de l’auberge des Dauphins. Ce lieu emblématique, édifié entre 1928 et 1930, a fait l’objet d’une rénovation par le Département de la Drôme pour s’adapter à sa nouvelle vocation : l’interprétation de son territoire et plus largement, l’éducation à l’environnement.
L’ancienne auberge s’est métamorphosée pour devenir la nouvelle maison de site de la forêt de Saoû, offrant, au-delà des expositions permanentes et temporaires, un programme d’animations riche et varié pendant tout l’été et durant les ailes de saison : « Les balades de la forêt ». Voir ici le programme.
Depuis l’ouverture du salon doré puis celle de l’auberge, Parcours paysages a conçu et animé 3 balades « paysage » pour la maison de site :
En 2021, les participants aux balades « Saoû, l’œil du rêveur » ont testé des outils sensibles pour s’imprégner du site et en restituer sa poésie.
En 2022, la balade du printemps s’est faite en tendant l’oreille pour une écoute des oiseaux et une découverte des différents milieux constituant le paysage de la forêt de Saoû. La Ligue de protection des oiseaux (LPO Drôme-Ardèche) et Parcours paysages s’étaient en effet associés pour cette lecture au creux de Saoû, au col de Paturel.
Renouvelée le 16 août prochain (inscription auprès de l’Auberge), la balade « Bain de soleil en forêt », permet d’observer les lignes de force du synclinal, comprendre sa formation, imaginer les paléoenvironnements. Par le dessin ou l’écriture, chacun transcrit sa vision du paysage des Sables blancs : sa composition, sa formation, son esthétique, son évolution.
Le mystère de la forêt de Saoû a aussi été percé par 26 collégiens de Montélimar ce printemps.
Invités au voyage en forêt par leurs professeurs, le CAUE de la Drôme et le Département, ils ont découvert et expérimenté la notion de paysage et l’outil d’observatoire photographique mis en place en forêt de Saoû. Parcours paysages et le photographe Emmanuel Sapet (son site), ont alors animé avec les équipes du CAUE et de la maison de site des temps de découverte sensible, active et ludique. Attisés par la majesté de la nature, la joie de vivre et l’émerveillement des élèves ont été les moteurs de l’action pédagogique « La photographie, témoin de l’évolution des paysages ». Ils en garderont souvenirs, connaissances, maquettes et photographies dont ils sont les auteurs; transcriptions de leur perception du paysage.
Un grand merci à ce réseau d’acteurs, animé d’une belle envie de préserver, transmettre et partager la magie de ce lieu, pour leur confiance renouvelée et leur ouverture sur les pédagogies actives ; Olivier Chambon, Séverine Morin, Guillaume Emonot et toute l’équipe de la maison de site ainsi qu’à Anne-Laure Julian du CAUE 26.
Crédit photo Parcours paysages, sauf photos de la balade Bain de soleil en forêt (crédit A la rencontre de) et de l’action pédagogique La photographie, témoin de l’évolution des paysages (crédit CAUE 26 et collège Monod 2022)
Elle sent le chêne s’élever, …/.. trouver l’harmonie dans un geste si lent qu’il dépasse notre durée, un geste puissant qui met des siècles à se déployer.
Le sansonnet, de Carole Martinez – A nous la terre ! Les écrivains s’engagent pour demain, Folio, 2021.
Et si cette année nous ralentissions, pour trouver l’harmonie, pour inscrire notre action dans un rythme naturel ? Meilleurs vœux 2022.
La première édition des Ateliers du Campus, initiative de la Communauté de communes du Val-de-Drôme, était sur le thème « L’homme et son territoire » et a débuté par une animation Parcours paysages.
L’après-midi du 26 octobre, les enfants de 6 à 11 ans ont partagé leur connaissance des « grands paysages » de leur territoire. Dans la peau d’un détective, ils ont enquêté sur le « petit paysage » et l’histoire de l’éco-site d’Eurre. Regarder, écouter, sentir et ressentir, interroger, pour saisir tous les indices et aborder par le paysage la notion de territoire. Un moment joyeux, ludique et d’interprétation des paysages familiers pendant les vacances.
Il était une fois, un petit oiseau immortel qui vivait au temps des champs… /… les habitants ont un projet pour leur territoire…/… Ruby est très content de tout cela…/… D’autres animaux les rejoignent sur l’éco-site…
Mon, ton, notre territoire – Petits et grands paysages
Interprétation paysagère des enfants
Pour en savoir plus sur les activités du Campus du Val de Drôme : cliquez ici
Crédit photo Parcours paysages, sauf dessins et SNCF – Base vie 1999
Cette année, Parcours paysages propose des ateliers de lecture et d’expression paysagère ouverts à tous et tout l’été. Sentir le lieu, exprimer son sentiment par les mots, le dessin, la couleur, expliquer les lignes de ce paysage que le passé a façonné et ce qui s’y joue. Imaginer l’évolution du paysage.
Voilà le programme d’un moment détente, partage et création. Entrer dans le grand paysage pour se ressourcer !
4 ateliers en matinée, proposés deux fois chacun de juillet à septembre. Sur inscription auprès de Parcours paysages. Mineurs accompagnés d’un adulte responsable. Tarif libre.
En 2021, ouvrons la fenêtre sur les paysages que nous aimons. Par les sens et la connaissance, décelons leurs secrets de composition, puis construisons autour le reste de la cabane.