Dans le contexte d’une sécheresse sévère et des vagues de chaleur successives, l‘été 2026 est marqué par de nombreux incendies en France et en Europe.
Au niveau européen, plus de 580 000 hectares ont déjà brûlé à la mi-août. Plus de 200 000 hectares en Espagne. En Belgique, l’incendie de la réserve naturelle des Hautes Fagnes marque l’opinion par la destruction d’un milieu naturel remarquable. En Grèce et au Portugal, déjà régulièrement touchés, des incendies majeurs entraînent des évacuations massives de touristes et de résidents.
La France connaît des records de surfaces brûlées (plus de 120 000 hectares détruits depuis le début de l’année) dont 47 000 hectares dans les Landes et la Gironde. D’autres régions comme le Var, les Alpes-Maritimes, la Bretagne, l’Île-de-France sont aussi touchées. La Drôme et la vallée de la Drôme ne font fait pas exception.
Un risque désormais récurrent dans le contexte du changement climatique.

4 800 hectares ont été parcourus dans le Diois par deux incendies
– dans le massif de Justin (près de Die), déclenché début juillet par la foudre, c’est le feu le plus destructeur de l’histoire moderne du département (4 200 ha principalement dans les forêts domaniales de Justin, Laup et Solaure).
– dans le massif du Claps (à Bellegarde-en-Diois), déclaré le 3 août.
Le Diois, situé à l’est de la Drôme, possède un relief montagneux et un climat marqué par des étés chauds et souvent secs. Ainsi, la végétation, notamment les forêts de pin et les formations arbustives, peut devenir très inflammable.
La Forêt domaniale de Laup, par exemple, gérée par l’Office national des forêts, a été massivement plantée avec du Pin Noir d’Autriche au début des années 1900 dans le but d’éviter l’érosion des sols. C’est une ancienne forêt RTM (restauration des terrains en montagne). Des essences plus résistantes face au changement climatique telles que le Pin de Salzmann, le Chêne vert et le Chêne zéen, y sont aussi présentes.

La chapelle des Sadous restaurée dans les année 1980 accessible par les ravines du Vallon de la Coullance (2025).
Comment le paysage évoluera-t-il sur ces versants noircis et désormais silencieux ?
La disparition du couvert végétal pourrait favoriser des sols instables, des risques d’érosion, des chutes de blocs et des crues torrentielles. Après des pluies importantes, les cendres, les bois calcinés et les sols, en particulier dans les marnes, pourraient s’évacuer en coulée vers les fonds de vallée, avec des conséquences sur les zones traversées et les bourgs. Ces forêts avaient notamment été plantées au début du XXe siècle dans un objectif de protection contre l’érosion des sols.


Même si, avec le temps, les capacités de régénération naturelle de la forêt, aidées par des plantations soigneusement réfléchies, pourront reverdir les versants, les incendies ne doivent plus être considérés comme des événements exceptionnels totalement indépendants de l’organisation du territoire. Ils sont un élément à prendre en compte dans l’aménagement, la gestion des forêts, l’entretien des espaces agricoles et la protection des villages.
En effet, l’augmentation des températures et la répétition de périodes de sécheresse de plus en plus longues, liées au changement climatique, accentuent l’assèchement des sols et des plantes. Par ailleurs, l’abandon de certaines pratiques agricoles et pastorales a contribué à la fermeture progressive des paysages.
Pourtant, face au risque d’incendie, l’objectif ne peut pas être de supprimer toute végétation. Le paysage du Diois tire justement sa richesse de la diversité de ses milieux. Il s’agit plutôt de maintenir cette diversité en évitant la continuité excessive des végétations très inflammables.
Préserver un paysage vivant
Cela peut passer par l’entretien des espaces agricoles, le pâturage, la gestion des forêts, la création ou le maintien de coupures de végétation et une meilleure prise en compte du risque autour des habitations. Ces actions permettent également de préserver les qualités paysagères du territoire.
Le feu rappelle que le paysage est en perpétuelle évolution. Le paysage du Diois doit donc être pensé comme un espace vivant, où prévention des incendies et préservation des milieux naturels ne sont pas opposées. Au contraire, mieux gérer les espaces agricoles et forestiers, maintenir une mosaïque de milieux et adapter les pratiques au nouveau contexte climatique peut contribuer à construire un territoire à la fois plus résistant au feu et plus riche sur le plan paysager.
La lutte contre les incendies ne repose pas uniquement sur les moyens d’intervention : elle concerne aussi la manière dont le territoire est occupé et entretenu.

Le Vercors depuis le plateau de Solaure – niveaux de marnes (2023)
Sources :
- ONF — Incendie des forêts du Diois
- ONF — Forêt domaniale de Laup
- Météo-France — Changement climatique et feux de forêt
Crédit photographique Parcours paysages
